La cuisine, une passion française

La cuisine une passion française

Parti de ce que l’on croyait être un phénomène de mode, l’intérêt des Français pour la cuisine est devenu un vrai changement dans la manière dont ils vivent leur habitat. Toute une économie en a bénéficié.

Les Français sont de plus en plus nombreux à s’intéresser à la cuisine. Le phénomène n’est pas si nouveau -on peut le dater du milieu des années 2000, avec l’arrivée en masse d’émissions culinaires à la télévision-. La nouveauté, en revanche, c’est qu’il ne s’agit plus d’une mode. Mais bien d’une évolution réelle de leurs modes de vie à la maison.

Selon un sondage BVA pour la Presse régionale, publié fin 2016, 69% des Français déclarent ainsi « apprécier faire la cuisine ». Et la cuisine a longtemps été désignée comme « pièce préférée » du logement par de nombreuses autres études. Une pièce où l’on passait, en 2012, 21 jours par an, en moyenne, à en croire le cabinet spécialisé Gira Conseil, à l’époque.

L’habitat est perçu aujourd’hui, par beaucoup de Français, comme une « valeur refuge ». Un lieu de vie à l’abri des crispations du quotidien, qu’elles proviennent de l’environnement de travail, des transports ou même de l’actualité lue et entendue tout au long de la journée.

Faire à dîner est devenu une forme « d’échappatoire dans l’échappatoire » : une activité qui « vide la tête » -à l’image de la pratique d’un sport- tout en faisant appel à la création. Elle engendre même, parfois, un sentiment de satisfaction auprès de soi (« j’ai réussi un bon plat ») et des autres (« ils ont aimé mon bon plat »).

Ce sont toutes ces raisons -notamment-, qui expliquent l’appétit grandissant des Français pour la cuisine. Un certain nombre de secteurs d’activité en bénéficient. Leur bonne santé est d’ailleurs un signe qui ne trompe pas : cuisiner de bons petits plats n’est plus seulement l’apanage de la « ménagère de cinquante ans », icône des publicitaires il y a quelques décennies. Aujourd’hui, tout le monde s’y met et se questionne sur la manière de mener à bien ses « projets culinaires ».

Les émissions TV sont toujours là (et de nouvelles arrivent)

On ne les compte plus. Le milieu des années 2000 a vu naître une longue série d’émissions TV centrées sur la cuisine (à l’image du phénomène connu aujourd’hui pour l’immobilier ou la décoration d’intérieur). Qu’il s’agisse alors de concours d’amateurs ou de professionnels, la plupart ont cartonné à leurs débuts (des millions de téléspectateurs entraînant des hausses constantes des revenus publicitaires liés à ces programmes).

Les audiences, avec les années, se sont érodées. Certaines émissions ont disparu (on pense notamment à Master Chef, sur TF1). Le schéma est classique. Ce qui l’est moins, c’est que nombreuses sont celles qui ont, malgré tout, survécu : Un dîner presque parfait est ainsi toujours diffusé, quotidiennement, sur la TNT. Sur M6, Top Chef (dont la finale de la septième saison, en 2016, a battu un record d’audience depuis deux ans, avec 3,3 millions de téléspectateurs) ou Le meilleur pâtissier tiennent le cap, malgré un nombre de fans qui se tasse avec le temps.

Et on décline encore ces programmes aujourd’hui à toutes les sauces (Cauchemar en cuisine, Norbert commis d’office…). Si toutes n’ont pas pour but d’apprendre au téléspectateur à cuisiner, il n’en reste pas moins qu’elles sont désormais légion à aborder, sous des aspects différents, la thématique « cuisine ».  Même France 2 s’y est mise cette année, avec Chérie, c’est moi le chef ou Un chef à l’oreille.

Pour mémoire, les premières apparitions de la cuisine à la télévision remontent au début des années 1950. Voici comment en 1960, dans l’émission Art et magie de la cuisine, on expliquait l’épluchage d’asperges face caméra (document INA) :


On citera également, au chapitre des médias, le choix très large de publications papier (qu’elles traitent d’ailleurs de recettes comme d’aménagement). Devant l’intérêt croissant pour la cuisine, certains blogs, partis de quelques lignes sur Internet, devenus quasiment des médias, s’affichent désormais en kiosques (lire plus bas).

En librairies, en 2015, le livre de recettes Simplissime battait ainsi des records de vente pour un ouvrage de ce type (plus de 250 000 exemplaires vendus !).

Les robots de cuisine se vendent à tour de bras

Après le succès des émissions et médias liés à la cuisine, un autre indice de cette évolution de la vie à la maison : les ventes d’électroménager. Parmi la multitude de robots de cuisine présents sur le marché -ce qui, en soi, est déjà un signe-, il en est un dont le succès est encore plus symbolique que les autres. Un nom : Thermomix. Ce robot à tout préparer cartonne malgré, a priori, trois handicaps : son créateur, la société allemande Vorverk, le vend cher (plus de 1 000 euros), elle ne le vend pas dans les circuits de distribution « classiques » (seulement par la vente à domicile, les fameuses « réunions Tupperware ») et elle n’en fait aucune publicité en France.

Le robot Thermomix, arrivé dans l’Hexagone en 1961, s’est vendu à plus de 280 000 exemplaires en France en 2016. Le succès est tel que Vorverk a ouvert début septembre une boutique Thermomix à Paris, dans le quartier de l’Opéra. Et on ne compte plus les dizaines de pages Facebook et autres blogs qui lui sont consacrés.

Moulinex et autres Kitchenaid ne sont pas en reste. Les ventes globales d’électroménager en France ne cessent d’augmenter depuis la fin -supposée- des effets de la crise économique de 2008. Selon le syndicat français des fabricants (le Gifam), les ventes de petit électroménager ont progressé de 3,2% en valeur en 2016 (+0,8% pour les gros appareils). Dans le détail, pas moins de 1 156 000 robots culinaires se sont vendus en France en 2016. Un total en légère baisse sur un an (-7,8%), qui ne doit pas faire oublier que le marché avait auparavant doublé entre 2007 et 2015, passant de 654 000 à 1 254 000 appareils écoulés.

Pour l’anecdote, les ventes de fours (hors micro-ondes), toujours selon le Gifam, sont en hausse lente mais constante depuis 2004, date des premiers relevés (730 000 unités vendues en 2004, 1 081 000 en 2016). Le micro-ondes, lui, a connu en 2016 la première légère baisse de ses ventes depuis 2005 (-2,0% par rapport à 2015).

Les cuisinistes se frottent les mains

Il n’y a pas que les fabricants d’électroménager qui profitent de l’engouement pour la cuisine. Les cuisinistes aussi. Eux qui représentent un peu plus de la moitié des ventes de mobilier de cuisine en France ont le sourire. Selon les chiffres de la Fédération nationale de l’ameublement (la FNAEM) pour l’année 2016, « la cuisine joue encore les premiers rôles en 2016 et enregistre une progression de ses ventes de 3,7% sur l’exercice ».

En janvier dernier, le magazine en ligne LSA Conso consacrait d’ailleurs un article sur la bonne santé du groupe Fournier (Mobalpa, Hygéna…). En trois ans, pouvait-on y lire, « son chiffre d’affaires a augmenté de 31%, passant de 227 millions d’euros en 2014 à 297 en 2017. Rapportées à l’année 2016, ses ventes ont progressé de 13,2% ».

Les ventes de cuisines équipées -et de mobilier- sont avant tout dépendantes de la santé du marché immobilier et du volume de nouvelles constructions. L’attrait pour la cuisine -et le temps plus long que l’on consent à y passer- pèse également sans doute dans le choix d’équipements plus nombreux et peut-être même plus haut de gamme.

Sur Internet, la cuisine est reine

On ne compte plus, là aussi, les sites internet, blogs, pages Facebook/Instagram ou autres chaînes YouTube dédiés à la cuisine. Tous partis de rien ou presque au tournant des années 2010, certains comptent aujourd’hui parmi les plus suivis sur la Toile.

Les exemples ne manquent pas. Lancé sur le Web en 1999, Marmiton.org se décline aussi aujourd’hui sous la forme d’un magazine vendu en kiosques. La chaîne YouTube du site 750 grammes regroupe, elle, pas moins de 558 000 abonnés. Ci-dessous, la « recette des croissants maison » a été vue près de 1,9 million de fois :

Depuis quelques mois, ce sont les vidéos courtes de recette qui font un carton sur Facebook. Difficile d’y échapper. Comme le rapportait le site web d’Europe 1 début 2016, selon les chiffres de l’institut Tubular, cinq des dix producteurs de vidéos les plus consultées sur Facebook en décembre 2015 étaient des concepteurs de vidéos de ce type.

Les nouveaux concepts s’enchaînent d’année en année sans que les principaux acteurs de la cuisine sur le Web ne connaissent d’importante perte d’aficionados : encore une preuve, s’il en fallait une, que les Français et la cuisine, c’est parti pour durer.

L’Atelier Cogedim – Illustration © kucherav – Fotolia.com


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